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30/01/2013

ELIA KAZAN : UNE VIE. Livre autobiographique. 1988.

autobiographie, cinémaCertaines personnes m' avaient prévenu : l' autobiographie de Elia Kazan (1909-2003) est dérangeante. Et bien, c' est effectivement vrai. J' en avais repoussé l' achat de nombreuses fois, mais bon, de temps en temps, il faut savoir se jeter à l' eau. Et puis, c' est le réalisateur de chefs d' œuvre tel que Panique dans la rue (1950) le plus noir, Sur les quais (1954) le plus révélateur, Le fleuve sauvage (1960) le plus beau, La fièvre dans le sang (1961) le plus intense et America, America (1963) le plus définitif de ces chefs d' œuvre.

Je vais passer tout de suite au sujet principal, il y revient à intervalles réguliers : la dénonciation de ses copains communistes en avril 1952 devant la commission parlementaire aux activités anti-américaines du Sénateur McCarthy. Kazan se justifie de cette action. Pour lui, les communistes étaient dangereux pour les États-Unis, aussi dangereux que le syndicat du crime. D' où le film Sur les quais (1954) écrit par Budd Schulberg, scénariste qui dénoncera aussi ses anciens copains communistes. Cette comparaison - communisme = mafia - demeure douteuse, à moins que l' on remplace communisme par stalinisme, et tous leurs copains n' étaient pas des staliniens... Ce qui est embarrassant, c' est que Elia Kazan essaie de se faire passer pour une victime.

D' autres moments de sa vie personnelle sont perturbants. Alors qu' il déifie ses femmes légitimes, surtout sa première Molly, il nous détaille ses relations adultérines permanentes et diverses. Il eut aussi une relation avec Marilyn Monroe. Voilà encore Marilyn avec un amant supplémentaire, et comment peut-on le vérifier ? Peut-être Anthony Quinn dans son autobiographie La balade des sept collines à la page 207. Plus divertissantes sont ses haines-amitiés avec Lee Strasberg et Harold Clurman fondateurs du Group Theatre, où Kazan débuta comme régisseur puis acteur dans les années 30, ancêtre de l' Actors Studio, ou le dramaturge un peu lourd Arthur Miller qu' il mit en relation avec Marilyn (encore !). Ses réelles amitiés avec l' auteur-scénariste Clifford Oddets (un copain qu' il dénonça... c' est bizarre), John Steinbeck, Tennesse Williams...

La famille anatolienne d' Elia Kazan émigre aux USA en 1911, il entérine ses comportements par rapport à cela. Je croyais que l' Amérique assimilait mieux que les autres pays ?! Éternel Anatolien sur le sol américain, il essaie toujours de faire plaisir aux autres, dit-il. Si vous voulez apprendre beaucoup d' anecdotes sur les tournages de ses films, le montage des pièces de théâtre, ce livre fourmille de ces détails. D' ailleurs, j' aurai voulu qu' il s' en tienne à cela... et aussi, bien sûr, à sa deuxième femme la talentueuse actrice Barbara Loden, réalisatrice de Wanda (1970), superbe portrait de femme à la dérive sans pathos, du néo-réalisme réussi... si,si, ça arrive.

En conclusion, vous avez près de 800 pages pour être devant une vie créative mais pleine d' incertitudes. Elia Kazan consulte les psychanalystes ; le côté souffreteux à la Woody Allen.

P.S. On peut se remémorer les saillies du réalisateur-scénariste Abraham Polonsky (1910-1999), l' une des victimes du McCarthysme, et grand ennemi de Kazan :
- Comme metteur en scène, c' est un génie. Mais si il passe devant ma voiture, je lui roule dessus.
- Si on l' enterre dans le même cimetière que moi, il faut me déplacer.
Lorsque Kazan eut un Academy Awards honorifique en 1999, Polonsky a souhaité qu' on l' abatte sur la scène.
Abraham Polonsky était marxiste et pacifiste.

30/11/2012

MICHAEL CIMINO : CONVERSATIONS EN MIROIR. LIVRE. 2003.

516VDT15YFL._SL500_AA300_.jpgIl n' y a qu' un seul bilan à faire à la lecture de ce livre : Michael Cimino, le génial auteur de deux chefs d' œuvre de la contre-culture américaine des années 70 Voyage au bout de l' enfer (1977) et La porte du paradis (1979) au même titre que les deux premiers films de Terrence Malick, n' a plus rien à dire, il est au bout du rouleau, perdu comme Kris Kristofferson sur son voilier à la fin de cette Porte du paradis qu' il ne lui apporta que des déboires et une lente descente artistique pour survivre à Hollywood... C' est peut-être là que Malick se révéla plus patient en attendant vingt années afin de réaliser La ligne rouge (1998), ce qui lui permet actuellement d' avoir une pleine activité créative.

La première partie de l' ouvrage d' une soixantaine de pages est un salmigondis-galimatias-parano-schizophrénique où Cimino essaie d' expliquer (?) les tenants et les aboutissants de sa vie. Il parle de la mort intelligente de Georges Sanders (il s' est suicidé), n' arrête pas de dire qu' il est un mythe (ce qui est vrai) en se comparant à D.W Griffith et Welles dont il partage le même destin de loser. La consommation de drogues en tout genre dans la ville des anges y a bonne place aussi. Il faut tout de même en retenir d' autres extraits dont celui-ci car Cimino a tenté de devenir batteur (noir précise t-il) : avec une chanteuse noire tu apprends à garder le rythme. Tu rebondis partout. Si t' es pas en rythme, elle va se mettre en colère... cela m' a fait penser à Joyce Kennedy, la superbe chanteuse de Mother's Finest, le batteur (blanc) Barry Borden ne devait pas rire souvent ; à ce propos essayez de jeter un œil sur le Dvd Mother's Finest Live At Rockpalast 1978-2003.

Le court roman qui suit de 160 pages environ intitulé A Hundred Oceans conte l' histoire d' un ouvrier qui a tout pour devenir un champion de golf (le golf quelle sport de ...), mais il a une maladie s' appelant la ténosynovie, il rencontre une serveuse de bar élevant seule sa petite fille, mais il est plutôt attiré par une bourgeoise... Cette histoire est encore un ressassement de Cimino, cela ferait à peine les honneurs d' un téléfilm et ce n' est pas le dialogue non-châtié, la quantité ingurgitée de pilules et d' alcool qui m' ont sorti d' une certaine apathie. Bon, je reconnais... je suis un peu méchant... mais où en est cette adaptation au cinéma de La condition humaine de Malraux, voilà un sujet ambitieux. Tiens, je devrais relire cet ouvrage.

26/09/2011

Guère à la guerre ou le pacifisme dans le cinéma français (1936-1940) de Vincent Lowy.

51wmkictScL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpgSi il y eut une spécificité française dans le cinéma d' avant-guerre, c' est effectivement son pacifisme. Vincent Lowy décompose cette thématique en cinq chapitres :

- Chapitre 1 / Debout les morts ! : avec les films La vie est à nous, Double crime sur la ligne Maginot, La grande illusion et J' accuse.
- Chapitre 2 / Le moment munichois à l' écran : avec Alerte en Méditerranée, Actualités Pathé du 5/10/1938, Paix sur le Rhin et Rappel immédiat.
- Chapitre 3 / Les films contre : avec Menaces, Four Feathers, Passage to Marseille et Le serment. La présence de films étrangers sert de comparatif avec les films français.
- Chapitre 4 / Le film capital : avec La règle du jeu.
- Chapitre 5 / Les drôles de films de la Drôle de guerre : avec Untel Père et Fils et Après Mein Kampf, mes crimes.

Beaucoup de vichystes s' en prirent à certain de ces films - La grande illusion surtout mais aussi Quai des Brumes - car pour eux on y trouvait tout l' esprit de la défaite. La plupart des films cités par Vincent Lowy ne faisaient guère référence à l' actualité de l' époque, ils employaient souvent des élipses voire des sous-entendus.

Si l' auteur nous conte la genèse de films qu' il faut sortir de l' oubli - surtout Menaces d' Edmond T. Gréville -, on peut regretter qu' il n' y ait pas un chapitre supplémentaire consacré aux films de trouffions pour trouffions (il en parle succinctement) - Les gaietés de l' escadron (1932) de Maurice Tourneur ou Les dégourdis de la onzième (1937) de Christian-Jaque - qui pullulaient aussi sur les écrans.

On pourra oublier pour un petit moment la démagogie pacifiste et être d' accord avec la citation de Edmond T. Gréville : « J' étais un pacifiste convaincu mais je ne trahissais pas mes principes : faire la guerre à Hitler, c' était faire la guerre à la guerre ».



10:41 Publié dans Blog, cinéma, Livre, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, livre