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17/09/2013

Roberto Rossellini et la Seconde Guerre mondiale : un cinéaste entre propagande et réalisme de Enrique Seknadje-Askénazi. Livre paru en 2000.

51VB33AC8AL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_SX385_SY500_CR,0,0,385,500_SH20_OU08_.jpgAvant de réaliser ses trois films d' après-guerre néoréalistes (et communistes pour certains) : Rome, ville ouverte (1945), Païsa (1946) et Allemagne année zéro (1948), Roberto Rossellini mis en scène une trilogie de propagande fasciste : Le navire blanc (1941), Un pilote revient (1942) et L'homme à la croix (1943). Comment se fait-il que cette trilogie est constamment passée sous silence, rejetée d' un revers de main dédaigneux par les admirateurs rosselliniens comme étant des films de l'école calligraphique (de la belle image) ; ce qui est faux. Rossellini dans un entretien* donné à Eric Rohmer - celui qui influença la série Hélène et les garçons - et François Truffaut - celui qui repiqua les 3/4 de ses fameuses idées au film Bonne Chance (1936) de Sacha Guitry - répondit à la question : « Dans Le navire blanc qui précède de trois ans Rome, ville ouverte, il n' y avait aucun acteur professionnel... c' était du néoréalisme avant la lettre ? » La réponse de Rossellini est : « C' était la même position morale... » Cette explication amène à une certaine modération ou du moins à un analyse froide. Roberto Rossellini n' est pas fasciste, n' est pas communiste mais est démocrate-chrétien, comme Madame Boutin, il vient de la haute bourgeoisie romaine, est marié, a des enfants... et une maîtresse ; Rossellini aimait rappeler que Karl Marx sautait sa bonne.

Pendant ces dictatures communistes ou fascistes, où tout art est contrôlé par un ministère de la propagande, faire œuvre personnelle est difficile. Est-ce le cas de Rossellini ? Pas spécialement, car il veut être un témoin de son temps. Les bouleversements en Italie à cette époque sont terribles. D' ailleurs Enrique Seknadje-Askénazi l' auteur du livre rappelle que si l' Italie de Mussollini serait restée neutre comme l' Espagne de Franco, elle aurait continué d' être fasciste. L' entrée en guerre en juin 1940, l' occupation nazie et la libération par les Alliés changèrent son destin. Mais en adepte d' une philosophie mortifère qu' est le christianisme, Rossellini est attiré par les deux autres philosophies mortifères que sont le fascisme et le communisme. Le livre reste dans un premier temps sur la mise en œuvre et la propagande fasciste des trois premiers films qui ont pour modèle Le cuirassé Potemkine (1925) de Serguei Eisenstein. Tout le monde sait que le fascisme a trouvé son fondement (c' est le cas de le dire) dans le communisme (qui est donc un préfascisme). Mario Bava opérateur sur Le navire blanc (1941) est catégorique ; De Robertis, documentariste à la base, superviseur du même film, fut le véritable inventeur du néoréalisme et Rossellini lui a tout volé ; De Robertis est un mussollinien, il suivi le Duce dans la République de Salò. Reste que certains points ne sont pas très claires. Notamment la relation amicale de Rossellini avec le fils de Mussollini, chef du Cinéma italien. Le sujet de Un pilote revient (1942) est signé Tito Silvio Mursino, anagramme de Vittorio Mussollini, il est scénarisé par une kyrielle d' auteurs dont Rossellini... et un certain Antonioni qui ne devait pas avoir à ce moment là de problème d' incommunicabilité, matrice de son futur cinéma sous bradypnée. Par contre le lien catholique est bien démontré entre le film fasciste L' homme à la croix (1943) et le communiste Rome, ville ouverte (1945), dans les deux, il y a des prêtres qui se sacrifient. Le néoréalisme qu' il soit d' obédience fasciste ou communiste adore les martyrs, toujours le côté mortifère.

La seconde partie du livre traite des trois films d' après guerre, où l' on apprend que si Rome, ville ouverte n' a pas coûté très cher (11 millions de Lires), ce ne fut pas le cas de Païsa (55 millions de Lires). Le néoréalisme était un style onéreux à cause de l' emploi d' acteurs non-professionnels et le tournage dans des décors réels car les réglages étaient longs, à de rares exceptions, même Sadoul et Godard en conviennent. Autre exemple, Enrique Seknadje-Askénazi dans ses notes révèle que Le voleur de bicyclette (1948) de Vittorio De Sica a été financé pour 70 millions de Lires (une bagatelle) par De Sica et un avocat à la mode (le néoréalisme était-il une mode ?)... Quant à Allemagne année zéro (1948) et son enfant parricide qui se suicide (plus racoleur et miséreux, tu meurs)... Les assassins sont parmi nous (1946) de Wolfgang Staudte - avec les précautions d' usage, le réalisateur-acteur a fait parti de la distribution de Le juif Süss (1940) de Veit Harlan - est LE film de l' immédiat après-guerre qui oblige le peuple allemand à se regarder en face.

Si, pour moi, ces six films ne sont devenus que des objets de musée, je classerai toujours dans mes dix films préférés au monde Voyage en Italie (1954) - George Sanders dans son autobiographie Mémoires d' une fripouille (1960) descend en flamme Roberto Rossellini et le film - dont nous possédons enfin une bonne copie, en attendant une sortie de La peur (1954) qui n' est pas loin de l' égaler. Je rajoute Les onze fioretti de Saint François d'Assise (1950) où enfin le catholicisme de Rossellini s' exprime pleinement avec un peu d' humour. Stromboli (1950) est d' une lourdeur symbolique qui a azimutée beaucoup de comédiennes. Viviane Romance dans son autobiographie Romantique à mourir (1986) décrit la découverte de son château en ruine - elle consacre le tiers du bouquin à décrire la rénovation de son maudit château - de la même manière que Ingrid Bergman gravit le volcan. La volcanique Anna Magnani qui fut la maîtresse de Rossellini demanda sa revanche sur Ingrid Bergman avec Vulcano (1950) de William Dieterle. Le facteur Q est important chez le maître du néoréalisme.

Désolé d' avoir été aussi long, mais le cas du soit-disant père du néoréalisme - Jean Renoir avec Toni (1935) est le vrai père du genre et Visconti en est le fils naturel, les autres... - si on essaie de le comprendre équivaut à une vraie tempête sous un crâne. Le livre de Enrique Seknadje-Askénazi ne fait que 250 pages pour nous éclairer, il contient tout de même en plus la filmographie du Romain et une bibliographie assez fournie concernant cette période trouble...

*Les extraits de l' entretien sont tirés de Roberto Rossellini le cinéma révélé dans la collection Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, page 70. Lire aussi les pages 230, 231 et 232 pour la fascination (comme Brasillach ?!) de l' esthétique fasciste (les chemises noires et les poignards à têtes de mort) lorsqu' il était enfant, et où il affirme qu' il n' a rien fait sur Un pilote revient (1942) en dehors d' être l' assistant. Ce sont les seules pages sur la trilogie fasciste de Rossellini dans ce livre. Est-ce parce que les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague en ont fait leur maître à penser ?

02/06/2013

LA VIE SEXUELLE DES DÉESSES D' HOLLYWOOD de NIGEL CAWTHORNE. LIVRE. 1999.

413WZ112ESL._.jpgIl y a des livres dont j' ai un peu honte qu' ils figurent dans ma bibliothèque. Enfin un peu honte, du moins j' en suis pas trop fier. Mais est-ce qu' il faut toujours limiter Hollywood à une machine à films, ou à saucisses* comme le notait ce triste critique Georges Sadoul qui voyait tout à travers le dogme communiste, ou à des débauches sexuelles, ici féminines, de ses Stars ? C' est oublier que dans les studios hollywoodiens n' ont pas été produits que des divertissements mais aussi des œuvres très critiques et sérieuses envers les États-Unis : Heroes For Sale (1933) de William Wellman, Les raisins de la colère (1939) de John Ford par exemple ; toutes deux réalisées et voulues par des Républicains (un peu) modérés certes, mais des Républicains.

Dans ce livre par contre, seule l' obsession sexuelle semble être le moteur à Hollywood, même pas l' obsession des récompenses, les scolaires Oscars, non le sexe et c' est tout ! Le livre est assez bien fichu d' ailleurs, suit un ordre chronologique, commençant par les sirènes du muet, Alla Nazimova et Louise Brooks beaucoup plus extravagantes que n' importe quelles pignouffettes actuelles (Brittney Spears ou Rihanna). Clara Bow qui vécut une enfance misérable et qui joua bien avant Marilyn Monroe de son allure enfantine. Jean Harlow dont les tenues ne faisait aucun doute sur le fait que c' était une vraie blonde. La promotion canapé est une habitude pour Joan Crawford qui aurait fait des films pornographiques. Garbo et Dietrich, bisexuelles et rivales à l' écran comme dans le partage de leur amant(e)s. Tallulah Bankhead, bisexuelle aussi et dont Elia Kazan dans son autobiographie affirme avoir été victime d' harcèlement... sexuel bien sûr. Ava Gardner et les toréadors, il n' y a pas que les toréadors. Lana Turner et son pull-over qui excita tous les acteurs et réalisateurs dont Mickey Rooney qui sautait sur tout ce qui bouge malgré sa mère. Pour Ava et Lana ne pas oublier les maffieux. Rita Hayworth prostituée par son mari Jubson aux magnats hollywoodiens et victime de la relation incestueuse avec son père professeur de danse. Grace Kelly n' avait rien d' un congélateur, à tel point qu' on se demande pourquoi elle est venue s' enterrer dans un rocher. Et cela se termine par l' inévitable Norma Jean Baker, tellement de choses ont été dites sur sa vie, que j' en resterai pour ma part à une réflexion d' un journaliste dans les années 60, je ne sais plus lequel, qui disait : une starlette devenue Star par hasard. Alors, est-ce que tout cela est vu à travers le trou de la serrure? ou avec l' aide d' un spéculum de gynécologue ? de toute façon, elles sont toutes mortes et certaines oubliées.

Je parle de ce livre parce que je ne sais pas si je vais acheter le Hollywood Babylone de Kenneth Anger, qui a l' air plutôt d' un ramassis foutraque d' articles de journaux à scandales ; les références de Cawthorne sont plutôt des biographies. Anger est de plus un cinéaste underground très approximatif comme tout ce qui est underground (à de rares exceptions). Alors si son livre ressemble à ses films...

En conclusion, il y a des livres, films ou disques conçus dans des pharmacies : La collection Harlequin, La petite maison dans la prairie, les CD de Céline Dion ou de Toto ; et d' autres faits dans les lieux d' aisance : les films de John Waters, les horreurs du Velvet Underground ou des punkeux. Peut-être que ce bouquin de Cawthorne fait parti de la seconde catégorie... à vous de voir, mais c' est bien écrit et on ne s' ennuie pas.

*Dans son autobiographie « Un troisième visage » (page 324) Samuel Fuller pense malheureusement la même chose, ce qui est impardonnable car il n' a pas l' excuse d' être communiste.

19:22 Publié dans Blog, cinéma, Film, Livre, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, cinéma, actrice

28/04/2013

LENI RIEFENSTAHL : MÉMOIRES. Allemagne 1987. France 1997.

41MHFJ04BFL._SL500_AA300_.jpg Pour du lourd, c' est du lourd.

Bon, les balbutiements de la vie de Leni Riefenstahl sont les balbutiements habituels de toute jeune femme de l' époque qui veut devenir indépendante face à un père autoritaire. Elle prend des cours de danse en cachette, devient une danseuse célèbre, rencontre le cinéma et le réalisateur Arnold Fank, hésite entre les deux, choisit le cinéma et sera Star, fait beaucoup de sport alpin : ski et escalade... et là où tout bascule, vous vous en doutez, elle fait la connaissance d' Hitler... et de Goebbels...

Page 143, en février 1932, assistant à son premier meeting nazi : Et à l' instant même je me trouvais submergée de façon ahurissante par une vision quasi apocalyptique qui ne me quitterait jamais plus : j' eus l' impression très physique que la terre s' entrouvrait devant moi comme une orange soudain fendue par son milieu et dont jaillirait un jet d' eau immense, si puissant et si violent qu' il atteindrait le sommet du Ciel, et que la Terre en serait secouée dans ses fondements.
Oui, c' est bien d' un discours d' Hitler dont elle parle.
Page 144 : Aucun doute, j' étais contaminée.

Le nazisme, est-ce une maladie ou une fascination ? en tout cas beaucoup sont tombés dedans. Leni Riefenstahl ne prend pas sa carte au parti, mais elle est bien la protégée du Führer ; elle ne le nie pas, il la demande quasiment en mariage. Et puis il faut qu' elle se protège aussi des tentatives de viol de Goebbels. Il faut aussi réaliser ses films contre vents et marées et surtout contre le chantage de Goebbels. Une sympathie peut se développer à son égard, surtout quand elle reprend conscience après un malaise et la première chose qu' elle voit, c' est la sale tronche de Streicher, antisémite en mouvement perpétuel 24 heures sur 24. Mais ne pouvait-elle pas s' enfuir ? comme Fritz Lang le fit juste après un entretien avec Goebbels qui lui proposait la direction du cinéma allemand. Elle connaît Joseph Von Sternberg qui a faillit lui proposer le rôle de Lola-Lola à la place de Marlène Dietrich (elle est jalouse Leni Riefenstahl) dans L' ange bleu (1930), à ses entrées à Hollywood grâce surtout au succès de SOS Iceberg (1933) de Arnold Fank et à la version américaine due à Tay Garnett.

Les ambitions de Leni Riefenstahl sont plutôt la production et la réalisation, et le diptyque sur les jeux Olympiques de Munich en 1936, où elle avoue avoir contrefait des scènes (pages 262, 263, 266 et 267), sera son sommet... avant il y eut quelques films de propagande nazie : absolument pas, dit-elle, ce sont des documentaires ! Ben voyons... D' autres phrases irritent : Mon ignorance crasse en matière de politique (page 325). Lors de l' invasion de la Pologne et de l' attaque de Varsovie, Hitler aurait dit : On ne tire pas sur des femmes et des enfants, c' est de la folie (page 342). Ben voyons ... On arrive à l' existence des camps de concentration et d' extermination. Leni Riefenstahl n' en savait rien et insinue (?) qu' Hitler non plus ne devait pas le savoir. Ben voyons... Veit Harlan lui demande de l' aide afin de ne pas tourner sous la contrainte, bien sûr, l' antisémite Le juif Süss (1940) ; le film d' un point de vue technique n' est pas saboté loin de là... En pleine débâcle, elle n' a qu' une obsession sauver ses négatifs et terminer Tiefland, œuvre controversée par l' emploi de figurants Tziganes. Pour finir sur ses réalisations seule la première La lumière bleue (1932) n' est pas entachée. Artistiquement parlant le style de Leni Riefenstahl est emphatique mais alerte, d' ici à la traiter de génie... en revanche ça ne ressemble absolument pas aux occupations des réalisatrices françaises au style bonne femme.

Après la capitulation, elle fut incarcérée, mise aussi dans un asile psychiatrique et interrogée sur des relations intimes (sexuelles) avec Hitler qu' elle nie : elle n' a jamais été sa maîtresse. Elle en veut beaucoup aux Français qui mirent sous scellé toutes ses archives. Elle se battit pour les récupérer. Elle intenta des procès aux magazines et journaux qui la décrivent comme une nazie convaincue et une adepte de bacchanales hitlériennes. Un acharnement des médias d' une férocité inouïe. Après la période de dénazification et plusieurs projets de films avortés en Italie, Allemagne, elle découvre l' Afrique et les Noubas avec un côté condescendant (mes Noubas) à la Karen Blixen ; c' est la partie la plus ennuyeuse de ce livre de 850 pages. Entre temps elle rencontre et apprécie Ron Hubbard...