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02/06/2013

LA VIE SEXUELLE DES DÉESSES D' HOLLYWOOD de NIGEL CAWTHORNE. LIVRE. 1999.

413WZ112ESL._.jpgIl y a des livres dont j' ai un peu honte qu' ils figurent dans ma bibliothèque. Enfin un peu honte, du moins j' en suis pas trop fier. Mais est-ce qu' il faut toujours limiter Hollywood à une machine à films, ou à saucisses* comme le notait ce triste critique Georges Sadoul qui voyait tout à travers le dogme communiste, ou à des débauches sexuelles, ici féminines, de ses Stars ? C' est oublier que dans les studios hollywoodiens n' ont pas été produits que des divertissements mais aussi des œuvres très critiques et sérieuses envers les États-Unis : Heroes For Sale (1933) de William Wellman, Les raisins de la colère (1939) de John Ford par exemple ; toutes deux réalisées et voulues par des Républicains (un peu) modérés certes, mais des Républicains.

Dans ce livre par contre, seule l' obsession sexuelle semble être le moteur à Hollywood, même pas l' obsession des récompenses, les scolaires Oscars, non le sexe et c' est tout ! Le livre est assez bien fichu d' ailleurs, suit un ordre chronologique, commençant par les sirènes du muet, Alla Nazimova et Louise Brooks beaucoup plus extravagantes que n' importe quelles pignouffettes actuelles (Brittney Spears ou Rihanna). Clara Bow qui vécut une enfance misérable et qui joua bien avant Marilyn Monroe de son allure enfantine. Jean Harlow dont les tenues ne faisait aucun doute sur le fait que c' était une vraie blonde. La promotion canapé est une habitude pour Joan Crawford qui aurait fait des films pornographiques. Garbo et Dietrich, bisexuelles et rivales à l' écran comme dans le partage de leur amant(e)s. Tallulah Bankhead, bisexuelle aussi et dont Elia Kazan dans son autobiographie affirme avoir été victime d' harcèlement... sexuel bien sûr. Ava Gardner et les toréadors, il n' y a pas que les toréadors. Lana Turner et son pull-over qui excita tous les acteurs et réalisateurs dont Mickey Rooney qui sautait sur tout ce qui bouge malgré sa mère. Pour Ava et Lana ne pas oublier les maffieux. Rita Hayworth prostituée par son mari Jubson aux magnats hollywoodiens et victime de la relation incestueuse avec son père professeur de danse. Grace Kelly n' avait rien d' un congélateur, à tel point qu' on se demande pourquoi elle est venue s' enterrer dans un rocher. Et cela se termine par l' inévitable Norma Jean Baker, tellement de choses ont été dites sur sa vie, que j' en resterai pour ma part à une réflexion d' un journaliste dans les années 60, je ne sais plus lequel, qui disait : une starlette devenue Star par hasard. Alors, est-ce que tout cela est vu à travers le trou de la serrure? ou avec l' aide d' un spéculum de gynécologue ? de toute façon, elles sont toutes mortes et certaines oubliées.

Je parle de ce livre parce que je ne sais pas si je vais acheter le Hollywood Babylone de Kenneth Anger, qui a l' air plutôt d' un ramassis foutraque d' articles de journaux à scandales ; les références de Cawthorne sont plutôt des biographies. Anger est de plus un cinéaste underground très approximatif comme tout ce qui est underground (à de rares exceptions). Alors si son livre ressemble à ses films...

En conclusion, il y a des livres, films ou disques conçus dans des pharmacies : La collection Harlequin, La petite maison dans la prairie, les CD de Céline Dion ou de Toto ; et d' autres faits dans les lieux d' aisance : les films de John Waters, les horreurs du Velvet Underground ou des punkeux. Peut-être que ce bouquin de Cawthorne fait parti de la seconde catégorie... à vous de voir, mais c' est bien écrit et on ne s' ennuie pas.

*Dans son autobiographie « Un troisième visage » (page 324) Samuel Fuller pense malheureusement la même chose, ce qui est impardonnable car il n' a pas l' excuse d' être communiste.

19:22 Publié dans Blog, cinéma, Film, Livre, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, cinéma, actrice

28/04/2013

LENI RIEFENSTAHL : MÉMOIRES. Allemagne 1987. France 1997.

41MHFJ04BFL._SL500_AA300_.jpg Pour du lourd, c' est du lourd.

Bon, les balbutiements de la vie de Leni Riefenstahl sont les balbutiements habituels de toute jeune femme de l' époque qui veut devenir indépendante face à un père autoritaire. Elle prend des cours de danse en cachette, devient une danseuse célèbre, rencontre le cinéma et le réalisateur Arnold Fank, hésite entre les deux, choisit le cinéma et sera Star, fait beaucoup de sport alpin : ski et escalade... et là où tout bascule, vous vous en doutez, elle fait la connaissance d' Hitler... et de Goebbels...

Page 143, en février 1932, assistant à son premier meeting nazi : Et à l' instant même je me trouvais submergée de façon ahurissante par une vision quasi apocalyptique qui ne me quitterait jamais plus : j' eus l' impression très physique que la terre s' entrouvrait devant moi comme une orange soudain fendue par son milieu et dont jaillirait un jet d' eau immense, si puissant et si violent qu' il atteindrait le sommet du Ciel, et que la Terre en serait secouée dans ses fondements.
Oui, c' est bien d' un discours d' Hitler dont elle parle.
Page 144 : Aucun doute, j' étais contaminée.

Le nazisme, est-ce une maladie ou une fascination ? en tout cas beaucoup sont tombés dedans. Leni Riefenstahl ne prend pas sa carte au parti, mais elle est bien la protégée du Führer ; elle ne le nie pas, il la demande quasiment en mariage. Et puis il faut qu' elle se protège aussi des tentatives de viol de Goebbels. Il faut aussi réaliser ses films contre vents et marées et surtout contre le chantage de Goebbels. Une sympathie peut se développer à son égard, surtout quand elle reprend conscience après un malaise et la première chose qu' elle voit, c' est la sale tronche de Streicher, antisémite en mouvement perpétuel 24 heures sur 24. Mais ne pouvait-elle pas s' enfuir ? comme Fritz Lang le fit juste après un entretien avec Goebbels qui lui proposait la direction du cinéma allemand. Elle connaît Joseph Von Sternberg qui a faillit lui proposer le rôle de Lola-Lola à la place de Marlène Dietrich (elle est jalouse Leni Riefenstahl) dans L' ange bleu (1930), à ses entrées à Hollywood grâce surtout au succès de SOS Iceberg (1933) de Arnold Fank et à la version américaine due à Tay Garnett.

Les ambitions de Leni Riefenstahl sont plutôt la production et la réalisation, et le diptyque sur les jeux Olympiques de Munich en 1936, où elle avoue avoir contrefait des scènes (pages 262, 263, 266 et 267), sera son sommet... avant il y eut quelques films de propagande nazie : absolument pas, dit-elle, ce sont des documentaires ! Ben voyons... D' autres phrases irritent : Mon ignorance crasse en matière de politique (page 325). Lors de l' invasion de la Pologne et de l' attaque de Varsovie, Hitler aurait dit : On ne tire pas sur des femmes et des enfants, c' est de la folie (page 342). Ben voyons ... On arrive à l' existence des camps de concentration et d' extermination. Leni Riefenstahl n' en savait rien et insinue (?) qu' Hitler non plus ne devait pas le savoir. Ben voyons... Veit Harlan lui demande de l' aide afin de ne pas tourner sous la contrainte, bien sûr, l' antisémite Le juif Süss (1940) ; le film d' un point de vue technique n' est pas saboté loin de là... En pleine débâcle, elle n' a qu' une obsession sauver ses négatifs et terminer Tiefland, œuvre controversée par l' emploi de figurants Tziganes. Pour finir sur ses réalisations seule la première La lumière bleue (1932) n' est pas entachée. Artistiquement parlant le style de Leni Riefenstahl est emphatique mais alerte, d' ici à la traiter de génie... en revanche ça ne ressemble absolument pas aux occupations des réalisatrices françaises au style bonne femme.

Après la capitulation, elle fut incarcérée, mise aussi dans un asile psychiatrique et interrogée sur des relations intimes (sexuelles) avec Hitler qu' elle nie : elle n' a jamais été sa maîtresse. Elle en veut beaucoup aux Français qui mirent sous scellé toutes ses archives. Elle se battit pour les récupérer. Elle intenta des procès aux magazines et journaux qui la décrivent comme une nazie convaincue et une adepte de bacchanales hitlériennes. Un acharnement des médias d' une férocité inouïe. Après la période de dénazification et plusieurs projets de films avortés en Italie, Allemagne, elle découvre l' Afrique et les Noubas avec un côté condescendant (mes Noubas) à la Karen Blixen ; c' est la partie la plus ennuyeuse de ce livre de 850 pages. Entre temps elle rencontre et apprécie Ron Hubbard...

30/01/2013

ELIA KAZAN : UNE VIE. Livre autobiographique. 1988.

autobiographie, cinémaCertaines personnes m' avaient prévenu : l' autobiographie de Elia Kazan (1909-2003) est dérangeante. Et bien, c' est effectivement vrai. J' en avais repoussé l' achat de nombreuses fois, mais bon, de temps en temps, il faut savoir se jeter à l' eau. Et puis, c' est le réalisateur de chefs d' œuvre tel que Panique dans la rue (1950) le plus noir, Sur les quais (1954) le plus révélateur, Le fleuve sauvage (1960) le plus beau, La fièvre dans le sang (1961) le plus intense et America, America (1963) le plus définitif de ces chefs d' œuvre.

Je vais passer tout de suite au sujet principal, il y revient à intervalles réguliers : la dénonciation de ses copains communistes en avril 1952 devant la commission parlementaire aux activités anti-américaines du Sénateur McCarthy. Kazan se justifie de cette action. Pour lui, les communistes étaient dangereux pour les États-Unis, aussi dangereux que le syndicat du crime. D' où le film Sur les quais (1954) écrit par Budd Schulberg, scénariste qui dénoncera aussi ses anciens copains communistes. Cette comparaison - communisme = mafia - demeure douteuse, à moins que l' on remplace communisme par stalinisme, et tous leurs copains n' étaient pas des staliniens... Ce qui est embarrassant, c' est que Elia Kazan essaie de se faire passer pour une victime.

D' autres moments de sa vie personnelle sont perturbants. Alors qu' il déifie ses femmes légitimes, surtout sa première Molly, il nous détaille ses relations adultérines permanentes et diverses. Il eut aussi une relation avec Marilyn Monroe. Voilà encore Marilyn avec un amant supplémentaire, et comment peut-on le vérifier ? Peut-être Anthony Quinn dans son autobiographie La balade des sept collines à la page 207. Plus divertissantes sont ses haines-amitiés avec Lee Strasberg et Harold Clurman fondateurs du Group Theatre, où Kazan débuta comme régisseur puis acteur dans les années 30, ancêtre de l' Actors Studio, ou le dramaturge un peu lourd Arthur Miller qu' il mit en relation avec Marilyn (encore !). Ses réelles amitiés avec l' auteur-scénariste Clifford Oddets (un copain qu' il dénonça... c' est bizarre), John Steinbeck, Tennesse Williams...

La famille anatolienne d' Elia Kazan émigre aux USA en 1911, il entérine ses comportements par rapport à cela. Je croyais que l' Amérique assimilait mieux que les autres pays ?! Éternel Anatolien sur le sol américain, il essaie toujours de faire plaisir aux autres, dit-il. Si vous voulez apprendre beaucoup d' anecdotes sur les tournages de ses films, le montage des pièces de théâtre, ce livre fourmille de ces détails. D' ailleurs, j' aurai voulu qu' il s' en tienne à cela... et aussi, bien sûr, à sa deuxième femme la talentueuse actrice Barbara Loden, réalisatrice de Wanda (1970), superbe portrait de femme à la dérive sans pathos, du néo-réalisme réussi... si,si, ça arrive.

En conclusion, vous avez près de 800 pages pour être devant une vie créative mais pleine d' incertitudes. Elia Kazan consulte les psychanalystes ; le côté souffreteux à la Woody Allen.

P.S. On peut se remémorer les saillies du réalisateur-scénariste Abraham Polonsky (1910-1999), l' une des victimes du McCarthysme, et grand ennemi de Kazan :
- Comme metteur en scène, c' est un génie. Mais si il passe devant ma voiture, je lui roule dessus.
- Si on l' enterre dans le même cimetière que moi, il faut me déplacer.
Lorsque Kazan eut un Academy Awards honorifique en 1999, Polonsky a souhaité qu' on l' abatte sur la scène.
Abraham Polonsky était marxiste et pacifiste.