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28/01/2014

PHILIPPE GARNIER : L'OREILLE D'UN SOURD. LIVRE de 2011 chez GRASSET.

514RNy0NjJL._.jpgAh, Philippe Garnier, j' attendais chaque mois avec impatience son papier dans le Rock & Folk des années 70 (fin) et 80 (début). Bon, ici, ce sont ceux parus dans Libération - le journal des socialos assujetti au Mitterrand sauveur : un million de chômeurs en 1981, deux millions un an plus tard... le chômage, c' est maintenant -, un canard où j' y jette un œil quand je tombe dessus et heureusement pas souvent, il y en a aussi des Inrocks (la hype, l'horreur). Dans ce bouquin, qui se lit à une vitesse dingue, je ne retrouve pas tout-à-fait l' esprit affûté ou les recherches du style "Je suis le Philip Marlowe des archives de la Warner, le Sam Spade de celles de l' Universal..." qui faisaient le bonheur des grands articles dans Rock & Folk. Normal, Philippe Garnier a gardé ses meilleurs sujets pour ses deux livres complémentaires Honni soit qui Malibu (1996) et Caractères (2006).

Donc, c' est le tout venant qui est réuni dans ces chroniques où un thème comme les godasses Doc Martens - Garnier porte ces pompes paramilitaires - ne peut intéresser que ceux qui ne connaissent pas les chaussures italiennes de Bill Hurley ; c' est pour ça qu' il vaut mieux porter des baskets quant on n' a pas la classe du chanteur des Inmates, et éviter les gaudiots Doc car tu risques de ressembler à un skinhead coco ou facho au bulbe mou. Beaucoup plus captivant, les chapitres consacrés à un vieux cinéma de quartier, aux pensées de Louise Brooks, à Walter Tevis l' auteur de L'arnaqueur, à une réunion universitaire sur la guerre du Vietnam qui remet beaucoup de pendules à l' heure, à Richard Harris, à Sterling Hayden et son crabe, à Walter Matthau où la réflexion de Don Siegel est géniale, à son ami Tom Waits (un chanteur-compositeur que je viens vraiment de découvrir), à une photographe rooseveltienne Marion Post Walcott, aux deux cerveaux de Curt Siodmak qui dit n' avoir écrit que des histoires d' amour (ce qui est vrai !), à son alter ego Nick Toshes, à l' incontournable Charles Bukowski, au meurtre de Sam Cooke...

Et bien sûr, l' énervement vient quant la virtuosité de Philippe Garnier se met au service des bras cassés, des sans talents, des fausses gloires. Faisons silence sur le guitariste arthritique du Velvet. Même Joey Ramone, bon, il avait de l' humour dans ses interviews - il disait à propos de Sandinista des Clash : quel péplum ! -, mais les Ramones n' est qu' un groupe au groove fastidieux, aux musiciens (?) laborieux ; ce petzouille de guitariste ne jouant qu' en accords barrés... le tréfonds est atteint avec Lux Interior des Cramps. Je ne dis pas que je n' ai pas fantasmé sur Poison Ivy, à part ça, quelle purge juste bonne pour le Café de Flore ! Parce que pour Philippe Garnier et Lux Interior, le rock'n'roll ce n' est pas de la musique, mais c' est ce qu' on met dedans. Pour moi, c' est aussi de la musique et même avant tout de la musique. Quant à Courtney Love, bien meilleure actrice que euh... chanteuse (?), faire un papier sur un de ses concerts, quel intérêt, à part le style de l' auteur.

Je parlerais bien de ce qu' il dit sur le réalisateur Gordon Douglas mais oublier de citer La maîtresse de fer (1952), Fort Invincible (1951) ou Le géant du grand nord (1959), ce n' est pas bien. Je parlerais bien aussi de William Faulkner qu' il descend de manière assez habile, de Howard Hawks dont il met en doute son envoi au front pendant la Première Guerre mondiale et de son ex-femme Slim Keith qui inspirera toutes les actrices hawksienne : Rosalind Russell, Jane Russell, Ann Sheridan, Angie Dickinson. Et puis, il y a Jack Nicholson à qui il rend visite chez lui, dans LA maison, pour parler de The Two Jakes (1990) la suite de Chinatown (1974) de Roman Polanski, LA maison où le nabot (Polanski, pour ceux qui n' auraient pas compris) faisait des choses inadmissibles ; Philippe Garnier parle de peccadilles... viols sur mineure... peccadilles... bon, j' arrête.

Maintenant, il serait temps de rassembler dans le même livre tous les articles parus dans Rock & Folk.

26/10/2013

MICHAEL POWELL : UNE VIE DANS LE CINÉMA Volume 1 (1997) et Volume 2 (2000). LIVRES.

autobiographie,cinéma,réalisateursautobiographie,cinéma,réalisateursEn noir et blanc et en couleur.

J' avais acheté cette autobiographie à sa sortie, j' en avais lu soixante pages, je l' avais reposée en me disant la reprendre plus tard... seize ans plus tard. Par acquit de conscience, je m' étais aussi procuré le deuxième volume paru en 2000. Pourquoi en avoir abandonné la lecture ? parce que l' enfance de Michael Powell dans la campagne britannique est un peu ennuyeuse... et pourtant j' aurai dû me remémorer au moins deux de ses films A Canterbury Tale (1944) et La renarde (1950) ; tout y est sauf l' ennui. Et puis si j' avais continué un peu plus loin, la mort de son frère aîné m' aurait accroché. Mais j' ai été définitivement captivé dès que Michael Powell fait son entrée dans les studios de la Victorine à Nice - le père de Michael Powell acheta peu avant un bail de trente ans d' un hôtel sur la Côte d' Azur -, et devient l' assistant d' un réalisateur du muet un peu oublié, Rex Ingram, qui fit les premières versions de Scaramouche (1923), Les quatre cavaliers de l' Apocalypse (1921) et Le prisonnier de Zenda (1922). Pour les fanatiques de Michael Powell, sans oublier Emeric Pressburger, vous aurez tous les secrets de fabrication des films mythiques que sont À l'angle du monde (1937), 49e Parallèle (1941), Colonel Blimp (1943), Le narcisse noir (1947), Les chaussons rouges (1948), Les contes d'Hoffmann (1951), La bataille du Rio de La Plata (1956) entre autres. Ses portraits de Alfred Hitchcock, Samuel Goldwin, David O. Selznick, Alexandre Korda, Moira Shearer, Ludmilla Tcherina, Deborah Kerr, David Farrar, James Mason, Roger Livesey... sont saisissants. On se sent happé par le même tourbillon que les protagonistes de Je sais où je vais (1945).
- Le volume 1 fait 760 pages environ, hors filmographie complète et index des noms.
- Le volume 2 fait 670 pages environ, hors filmographie complète et index des noms.

17/09/2013

Roberto Rossellini et la Seconde Guerre mondiale : un cinéaste entre propagande et réalisme de Enrique Seknadje-Askénazi. Livre paru en 2000.

51VB33AC8AL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_SX385_SY500_CR,0,0,385,500_SH20_OU08_.jpgAvant de réaliser ses trois films d' après-guerre néoréalistes (et communistes pour certains) : Rome, ville ouverte (1945), Païsa (1946) et Allemagne année zéro (1948), Roberto Rossellini mis en scène une trilogie de propagande fasciste : Le navire blanc (1941), Un pilote revient (1942) et L'homme à la croix (1943). Comment se fait-il que cette trilogie est constamment passée sous silence, rejetée d' un revers de main dédaigneux par les admirateurs rosselliniens comme étant des films de l'école calligraphique (de la belle image) ; ce qui est faux. Rossellini dans un entretien* donné à Eric Rohmer - celui qui influença la série Hélène et les garçons - et François Truffaut - celui qui repiqua les 3/4 de ses fameuses idées au film Bonne Chance (1936) de Sacha Guitry - répondit à la question : « Dans Le navire blanc qui précède de trois ans Rome, ville ouverte, il n' y avait aucun acteur professionnel... c' était du néoréalisme avant la lettre ? » La réponse de Rossellini est : « C' était la même position morale... » Cette explication amène à une certaine modération ou du moins à un analyse froide. Roberto Rossellini n' est pas fasciste, n' est pas communiste mais est démocrate-chrétien, comme Madame Boutin, il vient de la haute bourgeoisie romaine, est marié, a des enfants... et une maîtresse ; Rossellini aimait rappeler que Karl Marx sautait sa bonne.

Pendant ces dictatures communistes ou fascistes, où tout art est contrôlé par un ministère de la propagande, faire œuvre personnelle est difficile. Est-ce le cas de Rossellini ? Pas spécialement, car il veut être un témoin de son temps. Les bouleversements en Italie à cette époque sont terribles. D' ailleurs Enrique Seknadje-Askénazi l' auteur du livre rappelle que si l' Italie de Mussollini serait restée neutre comme l' Espagne de Franco, elle aurait continué d' être fasciste. L' entrée en guerre en juin 1940, l' occupation nazie et la libération par les Alliés changèrent son destin. Mais en adepte d' une philosophie mortifère qu' est le christianisme, Rossellini est attiré par les deux autres philosophies mortifères que sont le fascisme et le communisme. Le livre reste dans un premier temps sur la mise en œuvre et la propagande fasciste des trois premiers films qui ont pour modèle Le cuirassé Potemkine (1925) de Serguei Eisenstein. Tout le monde sait que le fascisme a trouvé son fondement (c' est le cas de le dire) dans le communisme (qui est donc un préfascisme). Mario Bava opérateur sur Le navire blanc (1941) est catégorique ; De Robertis, documentariste à la base, superviseur du même film, fut le véritable inventeur du néoréalisme et Rossellini lui a tout volé ; De Robertis est un mussollinien, il suivi le Duce dans la République de Salò. Reste que certains points ne sont pas très claires. Notamment la relation amicale de Rossellini avec le fils de Mussollini, chef du Cinéma italien. Le sujet de Un pilote revient (1942) est signé Tito Silvio Mursino, anagramme de Vittorio Mussollini, il est scénarisé par une kyrielle d' auteurs dont Rossellini... et un certain Antonioni qui ne devait pas avoir à ce moment là de problème d' incommunicabilité, matrice de son futur cinéma sous bradypnée. Par contre le lien catholique est bien démontré entre le film fasciste L' homme à la croix (1943) et le communiste Rome, ville ouverte (1945), dans les deux, il y a des prêtres qui se sacrifient. Le néoréalisme qu' il soit d' obédience fasciste ou communiste adore les martyrs, toujours le côté mortifère.

La seconde partie du livre traite des trois films d' après guerre, où l' on apprend que si Rome, ville ouverte n' a pas coûté très cher (11 millions de Lires), ce ne fut pas le cas de Païsa (55 millions de Lires). Le néoréalisme était un style onéreux à cause de l' emploi d' acteurs non-professionnels et le tournage dans des décors réels car les réglages étaient longs, à de rares exceptions, même Sadoul et Godard en conviennent. Autre exemple, Enrique Seknadje-Askénazi dans ses notes révèle que Le voleur de bicyclette (1948) de Vittorio De Sica a été financé pour 70 millions de Lires (une bagatelle) par De Sica et un avocat à la mode (le néoréalisme était-il une mode ?)... Quant à Allemagne année zéro (1948) et son enfant parricide qui se suicide (plus racoleur et miséreux, tu meurs)... Les assassins sont parmi nous (1946) de Wolfgang Staudte - avec les précautions d' usage, le réalisateur-acteur a fait parti de la distribution de Le juif Süss (1940) de Veit Harlan - est LE film de l' immédiat après-guerre qui oblige le peuple allemand à se regarder en face.

Si, pour moi, ces six films ne sont devenus que des objets de musée, je classerai toujours dans mes dix films préférés au monde Voyage en Italie (1954) - George Sanders dans son autobiographie Mémoires d' une fripouille (1960) descend en flamme Roberto Rossellini et le film - dont nous possédons enfin une bonne copie, en attendant une sortie de La peur (1954) qui n' est pas loin de l' égaler. Je rajoute Les onze fioretti de Saint François d'Assise (1950) où enfin le catholicisme de Rossellini s' exprime pleinement avec un peu d' humour. Stromboli (1950) est d' une lourdeur symbolique qui a azimutée beaucoup de comédiennes. Viviane Romance dans son autobiographie Romantique à mourir (1986) décrit la découverte de son château en ruine - elle consacre le tiers du bouquin à décrire la rénovation de son maudit château - de la même manière que Ingrid Bergman gravit le volcan. La volcanique Anna Magnani qui fut la maîtresse de Rossellini demanda sa revanche sur Ingrid Bergman avec Vulcano (1950) de William Dieterle. Le facteur Q est important chez le maître du néoréalisme.

Désolé d' avoir été aussi long, mais le cas du soit-disant père du néoréalisme - Jean Renoir avec Toni (1935) est le vrai père du genre et Visconti en est le fils naturel, les autres... - si on essaie de le comprendre équivaut à une vraie tempête sous un crâne. Le livre de Enrique Seknadje-Askénazi ne fait que 250 pages pour nous éclairer, il contient tout de même en plus la filmographie du Romain et une bibliographie assez fournie concernant cette période trouble...

*Les extraits de l' entretien sont tirés de Roberto Rossellini le cinéma révélé dans la collection Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, page 70. Lire aussi les pages 230, 231 et 232 pour la fascination (comme Brasillach ?!) de l' esthétique fasciste (les chemises noires et les poignards à têtes de mort) lorsqu' il était enfant, et où il affirme qu' il n' a rien fait sur Un pilote revient (1942) en dehors d' être l' assistant. Ce sont les seules pages sur la trilogie fasciste de Rossellini dans ce livre. Est-ce parce que les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague en ont fait leur maître à penser ?