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22/04/2014

ALBERT LEWIN : Un esthète à Hollywood. Livre de PATRICK BRION paru en 2002.

livre,biographie,cinéma Pour Patrick Brion, Albert Lewin, c' est sa marotte. Tous les cinéphiles en ont une. Pour Jacques Lourcelles, il s' agit de Raffaello Matarazzo. Peter Biskind chérie Hal Ashby (!?). Philippe Garnier a les siennes, il en change de temps en temps. Il a commencé avec Don Siegel ou André de Toth, puis il y a eu Roland Brown et ensuite Joseph M. Newman. Le problème avec la marotte, c' est qu' elle n' est pas tout le temps géniale et a souvent un parcours en zigzag fait de plaies et de bosses. D' où la bienveillance que le cinéphile lui porte.

En ce qui concerne Albert Lewin, ce qui le rend sympathique dans un premier temps, ce sont ses caractéristiques physiques. Il ne dépassait pas le mètre et demi et travaillait comme producteur à la MGM d' où son surnom de Métrognome. Quasiment sourdingue, il avait un sonotone électrique portatif énorme. James The Voice Mason m' était en doute sa capacité à distinguer les disparités entre les différentes prises d' une même scène. Albert Lewin adorait-il le cinéma muet à cause de sa surdité ? Est-ce à cause de cet handicap qu' il sacralisait la Peinture ?

Contrairement à beaucoup de personnalités hollywoodiennes, Albert Lewin n' a pas eu de vie aventureuse avant son arrivée dans le bureau de Samuel Goldwin (Szmuel Gelbfisz) comme lecteur ; ça faisait rupin d' avoir un universitaire pour un nabab hollywoodien. Dernier enfant né le 24 septembre 1894 à Brooklyn de parents appartenant à des familles d' émigrés russes d' origine juive, il suit une scolarité exemplaire qui le mène à être diplômé en Littérature de l' université de New York, puis diplômé de Littérature britannique à celle de Harvard. Cela aide-il à devenir un grand cinéaste ? Frank Borzage ne savait, paraît-il, ni lire, ni écrire...

D' abord scénariste d' une flopée de mélodrames et ensuite producteur de renom avec Les révoltés du Bounty (1935) de Frank Lloyd ou Les gars du large (1937) de Henry Hattaway, il commence sa carrière de réalisateur avec trois adaptations littéraires réussies : The Moon and Six Pence (1942) d' après W. Somerset Maugham, Le portrait de Dorian Gray (1945) d' après Oscar Wilde et Bel Ami (1947) de Guy de Maupassant très conforme au code de censure Hays. Tous trois très bons où George Sanders ne l' est pas moins, ne pas oublier Angela Lansbury jeune et belle à la bouche mince dans les deux derniers. Pandora (1950) d' après la légende du Hollandais volant est son film le plus célèbre. Histoire d' amour fou chère aux surréalistes et hymne à la beauté d' Ava Gardner. Chef d' œuvre pour certains ou classé camp pour d' autres. Il vaut mieux ne pas s' attarder sur ses deux derniers métrages Saadia (1953) et The Living Idol (1957).

Patrick Brion défend sa marotte d' une manière assez naïve en affirmant que tous les films sont excellents. Pour lui, Bel ami est la meilleure adaptation de Guy de Maupassant ; il fait l' impasse sur Le plaisir (1952) de Max Ophüls l' adaptation de trois nouvelles de l' écrivain ou Une vie (1958) d' Alexandre Astruc ou encore Romanze in Moll (1943) d' Helmut Käutner avec la belle Marianne Hoppe au sourire si énigmatique. Il faut reconnaître que son livre est une mine de renseignements. Les souvenirs d' Abert Lewin évidemment, de Jack Cardiff, mais aussi ceux assez hilarants du directeur de la photographie Christopher Challis sur Saadia dont le tournage se passa au Maroc, de James The Voice Mason et ses problèmes d' argent, du peintre Man Ray et une entrevue avec Hurd Hatfield le comédien de Dorian Gray. Pour compléter, un panorama critique des films, parfois au moment de leur sortie, prouve à quel point les spécialisés s' égarent. Pas n' importe qui, James Agee par exemple.

Un livre qui rend hommage à une personnalité hollywoodienne qui a marqué le cinéma américain en lui apportant une allure plus cultivée, tout en donnant des œuvres compréhensibles du public lambda.

25/03/2014

ALEXANDER MACKENDRICK : LA FABRIQUE DU CINÉMA. 2004. 2010 pour l'édition française chez L'Arche.

cinéma,livreAprès avoir été l' auteur de neuf films dont un seul mauvais, le dernier Comment réussir en amour sans se fatiguer (1967) une pitrerie avec Tony Curtis où on se demande s' il était derrière la caméra, le britannique Alexander Mackendrick décide d' enseigner l' écriture du scénario et la mise en scène à la California Institute of the Arts de Valencia.

Quand un homme a réalisé, entre autres, L'homme au complet blanc (1951), Le grand chantage (1957) ou Cyclone à la Jamaïque (1965), il vaut mieux l' écouter. Il donnait à étudier Trois heures dix pour Yuma (1957) de Delmer Daves car ce western était filmé avec simplicité et économie, peuplé de personnages conventionnels et archétypaux, et dont le dialogue a un but et un effet immédiats. Alexander Mackendrick prenait-il Delmer Daves pour son double américain ? Un de ses étudiants James Mangold en fit un remake en 2007. Ayant affronté la matière cinématographique en étant successivement publicitaire, ce qui lui apprit le story-board, puis scénariste, ce qui lui donna le sens de l' ellipse et qu' un film doit-être compréhensible aux 2/3 par ses images. Alexander Mackendrick pense comme Alfred Hitchcock que le cinéma a atteint sa plénitude lors de la période muette.

Cet assemblage des différentes notes de ce professeur-cinéaste n' est pas hétéroclite mais suit une progression qui va de la conception d' une histoire jusqu' à la prise de vue. Assemblage qui permet au néophyte de comprendre ce qu' est La fabrique du cinéma ; un monde fait d' artisans à la manière de ceux qui construisirent les cathédrales. Donc, ce n' est pas une autobiographie mais il y a un bon dossier auto-critique d' une cinquantaine de feuillets sur Le grand chantage (1957) dans ce livre de 440 pages environ. Il faut aussi louer une excellente mise en forme notamment pour les story-boards expliquant les axes et positions des caméras pour les champs et contre champs. Il manque tout de même un index des noms et films, ce qui est toujours très pratique. Paraît-il qu' un second volume doit suivre.

23:39 Publié dans Blog, cinéma, Film, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, livre

28/01/2014

PHILIPPE GARNIER : L'OREILLE D'UN SOURD. LIVRE de 2011 chez GRASSET.

514RNy0NjJL._.jpgAh, Philippe Garnier, j' attendais chaque mois avec impatience son papier dans le Rock & Folk des années 70 (fin) et 80 (début). Bon, ici, ce sont ceux parus dans Libération - le journal des socialos assujetti au Mitterrand sauveur : un million de chômeurs en 1981, deux millions un an plus tard... le chômage, c' est maintenant -, un canard où j' y jette un œil quand je tombe dessus et heureusement pas souvent, il y en a aussi des Inrocks (la hype, l'horreur). Dans ce bouquin, qui se lit à une vitesse dingue, je ne retrouve pas tout-à-fait l' esprit affûté ou les recherches du style "Je suis le Philip Marlowe des archives de la Warner, le Sam Spade de celles de l' Universal..." qui faisaient le bonheur des grands articles dans Rock & Folk. Normal, Philippe Garnier a gardé ses meilleurs sujets pour ses deux livres complémentaires Honni soit qui Malibu (1996) et Caractères (2006).

Donc, c' est le tout venant qui est réuni dans ces chroniques où un thème comme les godasses Doc Martens - Garnier porte ces pompes paramilitaires - ne peut intéresser que ceux qui ne connaissent pas les chaussures italiennes de Bill Hurley ; c' est pour ça qu' il vaut mieux porter des baskets quant on n' a pas la classe du chanteur des Inmates, et éviter les gaudiots Doc car tu risques de ressembler à un skinhead coco ou facho au bulbe mou. Beaucoup plus captivant, les chapitres consacrés à un vieux cinéma de quartier, aux pensées de Louise Brooks, à Walter Tevis l' auteur de L'arnaqueur, à une réunion universitaire sur la guerre du Vietnam qui remet beaucoup de pendules à l' heure, à Richard Harris, à Sterling Hayden et son crabe, à Walter Matthau où la réflexion de Don Siegel est géniale, à son ami Tom Waits (un chanteur-compositeur que je viens vraiment de découvrir), à une photographe rooseveltienne Marion Post Walcott, aux deux cerveaux de Curt Siodmak qui dit n' avoir écrit que des histoires d' amour (ce qui est vrai !), à son alter ego Nick Toshes, à l' incontournable Charles Bukowski, au meurtre de Sam Cooke...

Et bien sûr, l' énervement vient quant la virtuosité de Philippe Garnier se met au service des bras cassés, des sans talents, des fausses gloires. Faisons silence sur le guitariste arthritique du Velvet. Même Joey Ramone, bon, il avait de l' humour dans ses interviews - il disait à propos de Sandinista des Clash : quel péplum ! -, mais les Ramones n' est qu' un groupe au groove fastidieux, aux musiciens (?) laborieux ; ce petzouille de guitariste ne jouant qu' en accords barrés... le tréfonds est atteint avec Lux Interior des Cramps. Je ne dis pas que je n' ai pas fantasmé sur Poison Ivy, à part ça, quelle purge juste bonne pour le Café de Flore ! Parce que pour Philippe Garnier et Lux Interior, le rock'n'roll ce n' est pas de la musique, mais c' est ce qu' on met dedans. Pour moi, c' est aussi de la musique et même avant tout de la musique. Quant à Courtney Love, bien meilleure actrice que euh... chanteuse (?), faire un papier sur un de ses concerts, quel intérêt, à part le style de l' auteur.

Je parlerais bien de ce qu' il dit sur le réalisateur Gordon Douglas mais oublier de citer La maîtresse de fer (1952), Fort Invincible (1951) ou Le géant du grand nord (1959), ce n' est pas bien. Je parlerais bien aussi de William Faulkner qu' il descend de manière assez habile, de Howard Hawks dont il met en doute son envoi au front pendant la Première Guerre mondiale et de son ex-femme Slim Keith qui inspirera toutes les actrices hawksienne : Rosalind Russell, Jane Russell, Ann Sheridan, Angie Dickinson. Et puis, il y a Jack Nicholson à qui il rend visite chez lui, dans LA maison, pour parler de The Two Jakes (1990) la suite de Chinatown (1974) de Roman Polanski, LA maison où le nabot (Polanski, pour ceux qui n' auraient pas compris) faisait des choses inadmissibles ; Philippe Garnier parle de peccadilles... viols sur mineure... peccadilles... bon, j' arrête.

Maintenant, il serait temps de rassembler dans le même livre tous les articles parus dans Rock & Folk.