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14/05/2010

ROBERT LE VIGAN PAR CLAUDE BEYLIE et ANDRÉ BERNARD.

51KVXM0SFPL._SL500_SS130_.jpgLa lecture de ce livre se révèle éprouvante, car la vraie nature de Robert Le Vigan ne peut y être décelée. "Désordre et génie" sous-titre Claude Beylie et André Bernard, il faut effectivement en rester là.

Ce comédien dont le talent s' abreuva dans la folie, allant jusqu' à scier ses dents pour le rôle de Jésus dans "Golgotha" (1935) de Julien Duvivier, plongea dans la collaboration dès 1940 en participant à Radio Paris, où, d' après les témoignages, il exécutait surtout des parodies de Churchill et De Gaule. L' antisémitisme supposé de Le Vigan n' est pas démontré dans ce livre. On ne possède aucun enregistrement de ces émissions. Beaucoup disent qu' il était sous l' influence de Céline, dont il était ami bien avant l' occupation nazi, et qui lui donna le surnom "La Vigue". Sa fuite à Sigmaringen avec Céline, où s' étaient réfugiés tous les collabos, lui sera fatale. Procès, condamné à 10 ans de travaux forcés, confiscation de ses biens, indignité nationale à vie. Madeleine Renaud, très digne, témoigna que Le Vigan était fou car il s' endormait avec une hache pour se défendre et avait toujours un vélo à porter de main pour pouvoir s' enfuir. Pierre Renoir, Jacques Becker, Fernand Ledoux, Jean-Louis Barrault témoigneront aussi. Pour ses amis, Le Vigan fut un lampiste. Pierre Fresnay, Sacha Guitry, Clouzot furent inquiétés, mais pas condamnés à une aussi lourde peine. Même le journaliste du Figaro Pierre Scize écrivit: « C' est cher payé ».

Libération conditionnelle en octobre 1948, craignant pour sa vie suite à un attentat*, il s' enfuit avec l' aide de Jacques Becker. Deux rôles insignifiants en Espagne. Départ en Argentine, encore deux rôles insignifiants. Il survit en étant chauffeur de taxi, professeur, secrétaire particulier... Fin de vie misérable avec sa seconde épouse Edmée Bellemer, elle nous est racontée à l' aide des lettres que le Vigan adressa à André Bernard qui essayait de le convaincre d' écrire son autobiographie. Il refusa poliment. Malgré plusieurs offres, pas juste celle de Truffaut, jamais il ne voulut rentrer en France : « On ne revient jamais aux foyers des bourreaux qui vous ont supplicié pour les joies hystériques de l' Histoire », dit-il.

L' acteur prodige qui fut magnifique dans les films de Duvivier, Renoir, Chenal, Carné, Pagnol, Christian-Jaque et bien sûr le rôle emblématique de Goupi-Tonkin (1943) chez Becker ne peut-être oublié. Il ne se forgea pas un type immuable de personnage, il s' ingéniait à se renouveler pour chacun de ses rôles. Il avait commencé très tôt au théâtre dans des vaudevilles. Il fit parti de la troupe de Louis Jouvet. Charles Denner et Jean-Pierre Marielle seraient tenus pour ses successeurs.

*L' attentat s' est produit près de chez Paul Colline (scénariste) : lui était-il destiné ?

18:16 Publié dans Blog, Livre, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : biographie, cinéma

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